Introduction : ce n’est pas « juste dans ta tête »
Quand quelqu’un a mal à la tête ou à la jambe, personne ne remet en question sa douleur. Mais quand il s’agit de souffrance mentale, tout devient plus flou, plus gênant, plus tabou.
« Tu fais trop de chichis. »
« Tu as tout pour être heureux(se), pourquoi tu déprimes ? »
« Tu as juste besoin de prier. »
« C’est une affaire de fétiche. »
Ces phrases, encore fréquentes en Afrique et ailleurs, contribuent à étouffer des millions de personnes qui souffrent en silence. Pourtant, les troubles mentaux sont bien réels, fréquents, et surtout, ils peuvent être pris en charge.
C’est quoi un trouble mental ?
Un trouble mental (ou trouble psychique) est un déséquilibre du fonctionnement mental et émotionnel qui affecte la manière dont une personne pense, ressent, agit ou interagit avec les autres.
Cela peut toucher :
- L’humeur (ex. : dépression, trouble bipolaire),
- La perception de la réalité (ex. : schizophrénie),
- L’anxiété et les peurs (ex. : trouble panique, phobie sociale),
- Le comportement et la pensée (ex. : troubles obsessionnels compulsifs, troubles de la personnalité),
- La relation à soi (ex. : anorexie, troubles dissociatifs).
Ce ne sont ni des choix, ni des caprices. Ce sont des affections sérieuses qui nécessitent une vraie attention.
Quelques troubles mentaux fréquents chez les jeunes
1. La dépression
Pas juste « un coup de blues ». C’est une douleur psychique profonde et durable, avec perte d’énergie, isolement, tristesse, perte d’intérêt, voire idées noires. Elle touche environ 1 personne sur 5 au cours de sa vie.
2. Les troubles anxieux
Attaques de panique, anxiété généralisée, phobies, TOC… L’anxiété devient un trouble quand elle empêche de vivre normalement. Elle est parmi les troubles mentaux les plus répandus chez les jeunes.
3. Le trouble bipolaire
Des phases de dépression alternent avec des épisodes d’euphorie extrême, d’énergie débordante et parfois de comportements à risque. Ce trouble affecte profondément la stabilité émotionnelle.
4. La schizophrénie
Maladie mentale chronique qui altère la perception du réel (hallucinations, délires). Souvent mal comprise, elle n’est pas synonyme de violence : la majorité des personnes schizophrènes ne sont pas dangereuses.
5. Les troubles alimentaires
Anorexie, boulimie, hyperphagie… Ces troubles traduisent une souffrance mentale liée à l’image de soi, au contrôle et à l’estime de soi.
Et en Afrique ? Parlons vrai.
En RDC et dans beaucoup de pays africains :
- Les troubles mentaux sont sous-diagnostiqués,
- Il existe peu de centres spécialisés,
- Les familles hésitent à consulter, souvent par peur du regard social,
- On associe encore la folie à la possession, la sorcellerie ou la malédiction.
Conséquence ? Beaucoup de malades sont abandonnés, maltraités, ou enfermés de force au lieu d’être aidés.
Et pourtant, les troubles mentaux touchent tout le monde, à tout âge, quel que soit le niveau social ou religieux.
Quels sont les signes à ne pas ignorer ?
Si toi ou quelqu’un de ton entourage :
- Perd goût à la vie ou à tout ce qu’il aimait,
- Dort trop ou pas du tout,
- Est toujours triste, irritable, nerveux(se) ou « absent(e) »,
- A du mal à se concentrer ou à suivre ses activités habituelles,
- A des pensées suicidaires ou se fait du mal,
- Entend des voix ou croit des choses qui ne sont pas réelles…
Alors il est temps de consulter un professionnel. Ce n’est pas une honte. C’est un acte de courage.
Il y a de l’espoir : les troubles mentaux se soignent
Avec :
- Une thérapie adaptée (psychothérapie, accompagnement psycho-social),
- Des médicaments (quand nécessaire),
- Un environnement soutenant et sans jugement,
- De l’information claire, pour les proches comme pour les patients.
Beaucoup de personnes vivent normalement avec un trouble mental, une fois bien accompagnées.
Ce que tu peux faire, toi aussi
Si tu es concerné(e) :
- Parle, même à une personne de confiance,
- Ne reste pas seul(e) avec ta douleur,
- Consulte un psychologue ou un centre de santé mentale.
Si tu connais quelqu’un qui souffre :
- Sois présent(e), sans juger ni minimiser,
- Ne donne pas de conseils non demandés, écoute d’abord,
- Encourage la personne à consulter.
Si tu veux être acteur du changement :
- Parle de santé mentale autour de toi,
- Partage des contenus éducatifs (comme cet article),
- Soutiens les projets qui militent pour la santé mentale, comme NeuroCare ou d’autres plateformes locales.
Conclusion : ce n’est pas la folie, c’est une souffrance
Les troubles mentaux ne sont ni une faiblesse, ni un péché, ni une malédiction. Ce sont des affections humaines, comme n’importe quelle autre maladie.
Et elles méritent compassion, écoute, prise en charge, et dignité.
Il est temps de sortir du silence. Il est temps d’aimer sans conditions.
Il est temps de dire : je te vois, je t’écoute, tu n’es pas seul(e).